Reconstruire Raqqa.
Le 17 Octobre 2017 nous fêtions la libération de Raqqa. On se souvient de l'entrée des combattantes du YPJ dans le stade au cris de "Femmes Vie Liberté" et du sourire éclatant de Rojda Felat qui avait mené les FDS sur le chemin de la victoire. On se souvient aussi de l'état que l'état de destruction de certains quartiers avait fait l'objet de nombreux articles scandaleux dans les médias qui préféraient dénoncer les bombardements et accuser les FDS d'avoir collaboré avec daesh plutôt que de délivrer une véritable information sur l'avenir de Raqqa. Si les combats ont été peu documentés par les médias et souvent instrumentalisés, on constate sans surprise que la reconstruction de Raqqa est totalement passée sous silence, voir totalement niée par Amnesty. Pourtant c'est de ce combat mené pour que la vie revienne que dépend la paix. Celles et ceux qui reconstruisent les villes sont des héros au même titre que les combattantes et combattants de la libération.
Etat des lieux
Au lendemain de la libération on pouvait voir que beaucoup des quartiers de Raqqa avaient été touchés par la bataille. Quelques jours après la cérémonie organisée par les FDS pour célébrer la victoire, une simple pluie d'orage avait suffi à déclencher l'explosion de plusieurs des milliers de mines laissées par Daesh. Plusieurs habitations menaçaient de s'écrouler, les cadavres jonchaient encore les rues, l'eau et l'électricité étaient totalement coupées... Raqqa était totalement inhabitable. Le Conseil Civil de Raqqa, formé avant la libération mettait alors en oeuvre un plan audacieux pour relever la ville en s'appuyant sur la population. Dès les premiers jours, 25 Conseils Locaux sont élus et décident de diviser la ville en 26 zones différentes. Les priorités déterminées sont : Le déminage, le déblaiement des gravats, la restauration des réseaux de distribution d'eau et d'électricité et, à la demande de la population, la reconstruction des écoles. La tâche est immense et, si la coalition fournit une première aide d'urgence, l'aide alimentaire peine à parvenir. Le Conseil Civil de Tabqah, ville située à 40 km à l'Ouest et libérée bien avant, propose son aide et ouvre une boulangerie industrielle pour produire une aide alimentaire basique. D'autres cantons du Nord de la Syrie participent aussi et l'aide qu'ils fournissent est centralisée par le Croissant Rouge Kurde pour une redistribution plus rapide. La participation des "grandes" ONG traditionnelles est dérisoire. Qu'importe, la population de Raqqa malgré le lourd traumatisme subit est désireuse de rentrer chez elle et se retrousse les manches. Raqqa manque de tout sur le plan matériel mais regorge des bras de ses habitants, décidés à déplacer des montagnes. Puisqu'on manque de tout il faut tout fabriquer. À Tabqah une forge est donc construite afin de recycler les métaux trouvés dans les ruines. Ce n'est qu'une des nombreuses solutions issues de l'intelligence collective.
Petit à petit
Ce qui pose problème dès le départ c'est le déminage. Le désormais célèbre rond point Al Naim à nécessité deux jours complets d'un travail acharné. Dans certains quartiers la densité de mines laissées par les terroristes et tout simplement vertigineuse. Les 7 survivants du service de déminage se mettent donc au travail afin de sécuriser, autant que cela est possible, les axes de communication qu'emprunteront les engins de chantier pour le déblayage des gravats. Il faut savoir que si la majorité des mines a pu être trouvée et neutralisée, certaines sont toujours sur place et tuent régulièrement. Des mines placées dans des briques, dans des jouets d'enfant mais aussi des gilets explosifs trouvés sur des cadavres... 28 grands axes de la ville ont tout de même pu être nettoyés, permettant ainsi aux bulldozers d'entrer en action et facilitant l'accès aux autres zones à traiter. On estime aujourd'hui que même si tout ce qu'il était humainement possible de faire pour déminer à été fait, les mines tueront encore pendant plusieurs années. Concernant les gravats, quelques zones restent à traiter mais l'ensemble de la ville est globalement nettoyée.
Un retour progressif
Les premiers quartiers rendus aux habitants ont été les quartiers Est, les premiers à avoir été libérés. Même si les premiers retours ont été plutôt symboliques, plusieurs problèmes ont été soulevés. La découverte de charniers, d'engins explosifs, la fragilité des habitations, la maladie, ont poussés le Conseil Civil à créer une équipe d'intervention d'urgence composée de 38 personnes. Parmi eux ont trouve des médecins, des démineurs, des architectes et divers autres spécialistes chargés de répondre aux urgences. A ce jour les tombes de masse découvertes ont recraché des milliers de cadavres (certains étaient piégés). Ce retour progressif voulu par les comités de reconstruction à permit d'évaluer la complexité d'autres tâches telles que le retour de l'eau potable et de l'électricité.
L'eau
La réouverture du premier robinet fut l'occasion de constater l'état catastrophique du réseau de pompage et de distribution d'eau potable. Daesh, avant de se faire écraser, avait pris soin de tout saboter. L'ampleur de la tâche était considérable, il fallait tout reconstruire du début à la fin. Les ingénieurs se sont donc mis au travail et ont commencé par la restauration des pompes. Certaines n'étant pas récupérables ont été démantelées et recyclées. Aujourd'hui, 33 nouvelles stations de pompage ont été mises en service et les travaux de réparation se poursuivent dans 4 d'entre elles. Toutes les zones habitées de la ville ont l'eau courante. Les ingénieurs se sont aussi préoccupé de la restauration et de la modernisation des canaux d'irrigation essentiels pour l'agriculture. Ce réseau, en plus d'avoir souffert d'un manque d'entretien par le régime Syrien et Daesh, à énormément souffert des combats. Le programme de réparation est quasiment terminé et une campagne de modernisation pour une gestion durable de cette ressource vitale est lancée.
Et la lumière fut.
Electriquement parlant Raqqa dépend entièrement des installations hydro-électriques du barrage de Tabqah, comme la moitié de la Syrie. Daesh s'était servit de se barrage comme d'une arme, menaçant de le faire exploser à l'approche des FDS, créant ainsi une catastrophe sans précédent qui pouvait potentiellement noyer 1 million de personnes et détruire durablement l'agriculture de tout le pays renvoyant ce dernier au moyen âge pour des décennies. De plus les terroristes avaient saboté les vannes du barrage, les bloquant en position fermée et faisant ainsi peser une autre menace puisque la pression exercée pouvait à tout moment faire rompre l'ouvrage. Dès la prise du barrage par les FDS, à la suite d'une opération militaire d'une incroyable audace, alors que les combats se poursuivaient en ville, les ingénieurs s'étaient mis au travail, parfois sous le feu ennemi. Leurs efforts se sont concentrés sur 2 axes. 1 réparer une ou plusieurs vannes pour soulager la pression, 2 déminer la structure pour pouvoir en faire un diagnostic. Par la suite ils constatèrent aussi que les turbines qui produisent l'électricité avaient aussi été sabotées. En quelques jours 6 des 8 vannes furent réparées et ouvertes. Le déminage de la structure s'est achevé il y a quelques semaines et les ingénieurs l'annoncent aujourd'hui, le barrage a pratiquement retrouvé sa capacité de production! Toutefois les dommages subis par le réseau électrique de Raqqa sont tels que la ville est quotidiennement sujette à des coupures. Les travaux se poursuivent sur les postes de dispatching, les transformateurs et les lignes. Le comité de reconstruction prévoit un retour à la normale d'ici quelques mois.
Les écoles : Instruire pour une paix durable
70% des 400 écoles de Raqqa ont été détruites. Les besoins se chiffrent en milliards de Livres Syriennes et des appels à l'aide international sont régulièrement lancés. Ici aussi le comité tente de répondre au besoin avec les moyens du bord. Tout manque, mobilier, livres, bâtiments, professeurs... Mais tout les enfants vivant actuellement à Raqqa sont scolarisés. Dans ces écoles de fortune aux classes surchargées on apprend la lecture, l'écriture, le calcul, les langues, bref on aide tout ces enfants à tourner la page pour qu'ils puissent regarder l'avenir droit dans les yeux! Un effort particulier à été effectué pour l'accueil des enfants handicapés car ils ont été les premières victimes des combats. Aussi, médecins et psychologues sont présents au sein même du système éducatif car on n'apprend pas quand on est en mauvaise santé.
La santé
La BBC devrait s'intéresser de très près à ce qui se passe aujourd'hui à l'hôpital Al Watani de Raqqa, histoire de s'excuser d'avoir publié un article totalement fabriqué à base de fausses images... Pour répondre aux besoins de la population le conseil de reconstruction restaure actuellement les hôpitaux de Raqqa durement endommagés par les combats et à créé de toutes pièces un hôpital mobile qui dessert non seulement Raqqa mais aussi tout les villages environnants. Les soins de premières urgences sont dispensés par le croissant rouge Kurde. De plus un centre de santé a été ouvert. Les autres hôpitaux sont en cours de rénovation. Là aussi la situation s'améliore au fil du temps.
La vie revient doucement à Raqqa des milliers de personnes se sont réinstallées. Des commerces ont ouvert, 67 boulangeries produisent 131.000 pain par jour, des activités artistiques se développent, toutes sortes de comités voient le jour,Raqqa peut même accueillir des familles déplacées d'Idlib . La démocratie naissante reste la meilleure garantie d'une liberté pacifique durable. Un embryon d'économie apparaît doucement et se développera autour d'une agriculture éco responsable. Ce sont les habitants qui le disent. Ces mêmes habitants qui dans la campagne de Raqqa saluaient l'arrivée de leurs libérateurs en plantant des arbres!!! Loin des projecteurs et des caméras un temps braqués sur elle, Rojda Felat, commandante de l'opération de libération de Raqqa, a décidé de s'impliquer dans la libérations des femmes et joue un rôle de première importance dans ce domaine. Elle fait ce qu'elle sait faire de mieux, inciter, canaliser, organiser, proposer, aider à la naissance de cette liberté nouvelle. Ne l'oublions jamais, la libération de Raqqa s'est faite au cris de Femme Vie Liberté




