Bye bye USA
15
oct.
2019
Je reprends ici un article que j'avais écris en Février 2019 et qui avait provoqué bien des rires de la part des spécialistes en spécialité et autres rigolos des services. Messieurs, ce qui se passe aujourd'hui prouve que vous aviez tort.
L'émotion provoquée par le départ annoncé des Américains de la scène syrienne est générale. Tout le monde s'accorde à dire que cette décision remet en cause l'espoir d'une paix durable car ce vide laissé attirera inévitablement des convoitises accompagnées de dérives revanchardes. Mais sur le plan militaire quel à été jusque là le rôle Américain sur le terrain ? En quoi ont ils fait obstacle aux ambitions des uns et des autres? On peut résumer les errances Américaines de la façon suivante.
Kobanê est le tournant de la guerre contre daesh. C'est par cette petite porte que les Américains entrent en Syrie, entraînant derrière eux une coalition hétéroclite aux intérêts pas toujours concordants. Dire que la victoire de Kobanê est une victoire de la coalition est totalement faux. Les fameuses frappes aériennes dont on nous rebat les oreilles n'ont été efficaces qu'a la fin de la bataille. Les toutes premières n'ont d'ailleurs pas concerné Kobanê mais le Nord de Raqqa alors qu'il aurait été tellement plus facile de cibler l'infanterie de daesh exposée dans la campagne de Kobanê. Les Américains le reconnaissaient eux même à l'époque en déclarant que ces frappes seront loin d'être suffisantes et que tout au plus elles ne pourront que retarder l'inévitable. Et cet inévitable qu'on annonce à l'époque c'est la chute de Kobanê. Autrement dit les Américains entrent dans cette guerre avec une stratégie de perdant et sans aucune vision à long terme. En France, les analystes de l'époque pensent qu'il faudra plusieurs décennies pour vaincre daesh. Ils se trompent puisque Kobanê ne tombe pas et reste à ce jour la défaite la plus cinglante infligée aux barbares. Les Américains se refusent toutefois à armer véritablement les Kurdes. Pour se justifier ils mettront en avant toutes sortes de raisons mais en agissants ainsi l'administration Obama démontre deux choses : La peur de froisser la turquie, deuxième armée de l'OTAN, et la lâcheté d'un président plus attentif à restaurer l'image de marque d'une Amérique qui à perdu la face au Moyen Orient.
Sinjar en Irak est le deuxième coup mortel porté a daesh et c'est pourtant une bataille totalement différente de celle de Kobanê. La ville est aux mains de daesh, 300.000 habitants ont eu le choix entre tout quitter ou mourir, 20.000 d'entres eux sont encerclés dans la montagne et ne sont reliés au reste du monde que par un hélicoptère de la coalition qui se pose quand la météo le permet. Deux choses vont permettre la reprise de Sinjar city. La première, sans doute celle qu'on attendait le moins, c'est l'unité entre les Kurdes d'Irak et de Syrie retrouvée. La deuxième s'appelle Missiles Milan. En effet la France et plus généralement les pays d'Europe présents dans la coalition, commencent à comprendre que la victoire contre daesh se construira au sol. Quand on demande aux Kurdes s'ils veulent qu'on envoie des troupes pour les aider ils répondent par la négative. Ce qui leur manque ce sont des armes. Et ces armes vont manquer pendant tout le règne d'Obama.
Manbij est la bataille qui va montrer non seulement les limites de la stratégie Américaine mais aussi les contradictions induites par la rivalité entre le pentagone et la CIA. La coalition connaît à Manbij un de se pires moments avec la mort de l'emblématique commandant du Northern Sun Battalion, héros de Kobanê et co-fondateur des Forces Démocratiques Syriennes et avec le bombardement d'un bouclier humain suite à une erreur de coordination qui fera plus de 200 morts civils. Les frappes aériennes sont suspendues, le commandement US doit réévaluer la situation et le pentagone pousse pour un armement massif des troupes au sol. Mais devant l'opposition de la CIA et par crainte d'une colère turque, Obama fait ce qu'il sait le mieux faire : rien. Pourtant, la formation des Forces Démocratiques Syriennes représente une avancée considérable puisque les FDS sont l'alliance de toutes les tribus Arabes contre daesh. En réussissant à agglomérer ces tribus au sein d'une telle alliance les Kurdes ont réussi là où toutes les diplomaties mondiales ont échoué. Certes Obama à accepté de leur donner quelques véhicules, des munitions mais pas véritablement d'armes lourdes et rien qui convienne au combat en zone urbaine. Suite à la reprise de Manbij les Kurdes entreprennent d'unifier géographiquement les territoires qu'ils contrôlent en tentant de rejoindre le canton d'Afrin situé à l'Ouest. La turquie entre alors immédiatement en jeu sous prétexte de combattre daesh pour empêcher cette unification et sauver ainsi le soldat daesh qu'elle soutien presque ouvertement. Dans les affrontements qui ont lieu au Nord de Manbij les troupes Américaines déployées par le Pentagone se retrouvent sous le feu d'agents spéciaux de la CIA qui n'a jamais caché sa sympathie pour la turquie. Cette guerre par procuration se déroule un temps sans qu'Obama ne réagisse et c'est la Russie qui y mettra fin par une journée entière de bombardements sur les positions turques... Obama découvre alors que ne rien faire peut être profondément inconfortable. Les relations avec leur seul allié au sol vont se tendre et Obama va alors calmer le jeu en faisant une autre chose typique de la stratégie US : Promettre. Son règne touche à sa fin et si la ligne "ben laden" à pu être remplie sur son CV il reste deux lignes vierges : Mossoul et Raqqa. Occupez vous de Raqqa et nous trouverons une solution diplomatique pour le reste, nous serons toujours à vos côtés bla bla bla....
Raqqa est une bataille qui à longtemps fait hésité les Kurdes pour tout un tas de raisons. Et ils n'acceptent qu'a une seule condition : disposer d'un armement moderne et adapté aux combats urbains. Obama accepte mais dans la première livraison d'armes on ne trouve que de jolis 4x4 et divers matériels servant à consolider des positions... De plus, attaquer Raqqa avant de contrôler parfaitement la frontière entre l'Irak et la Syrie est un pari risqué sur le plan stratégique. Les FDS se redéploient donc vers l'Est histoire de montrer à l'oncle Sam que le compte n'y est pas. Obama hésite, ne fait rien, promet puis, ne pouvant se résoudre à renoncer à Raqqa en tant qu'argument électoral pour son camp, décide enfin d'envoyer quelques convois un peu plus fournis qui provoquent la colère du guignol turque. Avec l'arrivée de Trump au pouvoir le ton change. Les convois se multiplient et on a enfin le sentiment que les moyens nécessaires sont mis a disposition. Face aux critiques soulevées par les destructions causées par les bombardements Trump fait ce qu'il sait faire de mieux : Il ment en jurant que les Américains seront là pour la reconstruction, que leur présence en Syrie est illimitée en temps, bla bla bla.... C'est après la reprise de Raqqa que les ambitions des uns et des autres vont créer le chao. L'étape suivante, celle qui aurait du être la dernière, c'est Deir Ez Zor et ses champs pétroliers. Là, les Américains ne lésinent pas. Quand les troupes d'Assad tentent de s'approcher les boys mettent le paquet et font parler la poudre. Mais quand la turquie attaque le canton d'Afrin qui n'avait jusque là pas connu la guerre, tout le monde se tait.
Afrin est un coup porté dans le dos par les jihadistes soutenus par la turquie. C'est par cette porte peu glorieuse que l'administration Trump est en train de sortir de la scène Syrienne et plus généralement de tout le Moyen Orient. L'offensive sur Deir Ez Zor s'arrête au moment ou les premiers chars turques ouvrent le feu sur les civils, ou les hôpitaux, les écoles, jusqu'aux cimetières sont noyés sous les bombes. toutes les unités FDS se portent au secours d'Afrin. Les Kurdes le savent, cette région est, de par son isolement géographique, le tendon d'Achille de leur dispositif. Ils n'ont d'ailleurs d'autre choix que d'entamer des négociations avec Assad qui sera ravi de mettre les mettre à genoux. Après 50 jours d'une résistance héroïque les Kurdes décident de cesser le combat pour épargner aux populations l'horreur des bombardements. Comprenant que la zone tenue par daesh dans l'Est est aussi une menace, l'offensive sur Deir Ez Zor reprend.
Aujourd'hui les Américains quittent la Syrie. A quoi bon rester puisque les intérêts US sont perdus depuis bien longtemps. Le Pentagone, qui s'est battu bec et ongles pour que le crétin qui préside revienne sur cette décision, réussi tout de même à ce que soit maintenue un force de 400 hommes et encore une fois nos spécialistes en spécialité s'attardent sur de stupides questions de chiffre. On peut envoyer une armée toute entière, si les hommes ne sont pas éclairés par une vision clair ça ne sert à rien. Si ce vide laissé inquiète c'est parce qu'il laisse place aux menaces turques mais aussi a la brutalité d'un Assad allié à la Russie et à l'Iran. Si le gâteau Syrien aiguise les appétits, les Kurdes pourraient décider de le rendre indigeste plutôt que de le voir mangé par la turquie. Autrement dit ils inviteront le diable à la table. Mais si on veut garder un peu de cet optimisme qui fit la victoire de Kobanê, il faut aussi se dire que ce vide laisse la place à d'autres initiatives. Paris et dans une moindre mesure l'Europe, propose avec le soutien de la Ligue Arabe la création d'une force multinationale pour sécuriser la région. Plusieurs pays dont l'Egypte et la Jordanie se disent prêts à participer à cette force ce qui aurait pour effet d'empêcher la turquie d'attaquer. La Ligue Arabe, qui aimerait bien récupérer la Syrie dans son giron, demande même à Assad de revoir sa position vis à vis des Kurdes. Une telle force pourrait débloquer la situation et mettre enfin un terme à cette interminable guerre. Les américains s'en vont, merci à ces 2000 soldats qui se sont battus aux côtés des FDS et bonne chance à eux. Car pour le moment si daesh est vaincu sur le plan militaire personne n'a encore gagné la paix, et surtout pas cette Amérique qu'un crétin prétend rendre "great again".
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